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Vos remarques et mes réponses

 

 

 

  

 

Noël

ou "Qu’en pensez-vous ?"

 

 

 

Ces textes ont été publiés avec d’autres

en 2013 par les éditions Théolib

sous le titre « Ce qui (m’)importe » : voir

 

 

 

 

D.R.  

 

 

20 décembre

 

 

Faut-il fêter Noël ?

 

Vu la date à laquelle cette chronique est écrite, c’est un sujet imposé, alors allons-y :

J’ai bien connu un pasteur d’autrefois. Le 25 décembre, il n’acceptait pour sa famille aucune autre festivité que celle du culte paroissial. Peut-être le repas familial était-il plus festif que d’habitude, son épouse y veillant, qui allumait de plus, malgré tout, une ou deux bougies…

Noël, ce n’était pas une occasion de ripailler en vendant son âme aux marchands ou aux propagateurs de mièvreries. C’était le jour de la naissance du messie, nu dans sa mangeoire.

Les enfants devaient le comprendre.

J’admire. Mais c’est parce que je n’ai pas passé mon enfance dans cette famille-là.

Chez les grands-parents prolétaires et incroyants qui m’ont élevé pendant la guerre, le Père Noël passait pendant la nuit, raison pour laquelle il faisait froid au petit matin (on n’allait pas allumer du feu dans la cheminée par laquelle il descendait)…

… et chaud au cœur à cause de tous les cadeaux, témoignages d’amour pour moi, qui entouraient le Godin, amassés et cachés depuis des jours.

Chez les uns, on apprenait aux enfants, à la dure, le sens de l’irréductible irruption de la sainteté dans le monde.

Chez les autres, on entourait les enfants de la durable sécurité d’une chaude affection.

Les deux ont leur avantage, du moins s’il s’agit des enfants.

Or Noël n’est pas pour les enfants. Je veux dire celui de la Bible.

C’est pourquoi, le 25 décembre, j’en tiens pour la fête, non du Petit Jésus, mais du Père Noël, avec les cadeaux, les escargots, les huîtres, le gigot, la bûche, le champagne et les bouilles illuminées des moujingues.

En cas de dèche, on peut toujours se partager tout ça.

Et pour ce qui est du messie, fêtez-le la veille, allez à l’église, à la vigile la plus simple et la plus sobre, celle où l’on chante alléluia devant un cierge unique environné d’une ombre séculaire.

Mais dans votre cœur, de quoi s’agira-t-il ?

De l’avenir incertain d’un enfant émigré menacé de mort par la police de son pays. Une histoire d’aujourd’hui, bien sûr, d’ici et de là-bas, et qui va vous pousser à résister, à combattre, à ruser, à exploser d’amour et de rage.  

 

 

 

 

 

 

27 décembre

 

 

C’est quoi, l’incarnation ?  

 

« Toute la misère du monde ne fera jamais deviner Noël. » C’est une pensée de Michel Bouttier, théologien protestant.

Deviner Noël, non… Parce que c’est affaire de date et de lieu. Aussi de modalité : un enfant dans une mangeoire, etc.

En revanche, qu’il y ait, au sein de toute chose qui existe – et d’ailleurs si profondément ressenti par les prophètes hébreux – comme un immense désir Autre, oui, on pouvait le deviner.

C’est un peu ce que Paul apôtre écrit : « La création tout entière soupire après la révélation des enfants de Dieu. »

Ce serait aussi ce que Jean l’évangéliste appelle le Dire (lόgos), ou la « véritable lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout être. »

Et ce serait ce Désir, ce Dire, cette Lumière, espérée quoique, vue de l’histoire des humains, au plus haut point improbable, qui s’incarnerait en Jésus de Nazareth.

Alors ce qui doit être souligné, c’est que le mot incarnation est sans doute le plus mauvais qu’on ait pu trouver pour rendre compte de cela.

Car il dit la dualité infinie, le dualisme stérile du pur esprit (qui s’incarne) et de la pauvre carne (la chair qui soupire).

Je n’y crois pas.

Je crois que dans la belle histoire de l’Annonciation, l’archange Gabriel est le porte-voix de ce désir de justesse, de justice, d’équilibre créatif, de paix féconde.

Je crois que l’Esprit dont il parle évoque le souffle de ce Désir qui est avant, qui est après, qui est au-dessus, qui est au-dessous de toute chose, qui est dedans, depuis la pierre inerte jusqu’aux pensées de nos génies, et qui demande à se voir réaliser.

Un désir Autre, au sein de tous les mêmes désirs.

Dans la langue biblique, le terme chair désigne l’ensemble des liens qui unissent les humains à leur monde, et j’en étends le sens à tout lien constitutif de l’univers.

Au plus lointainement petit comme au plus lointainement immense, des forces pour une part inconnues tiennent toutes choses ensemble.

Là déjà réside, et combat, la puissance du Désir heureux qui cherche à se faire place.

Un jour, au niveau humain de la réalité, un homme a lu et voulu sa vie comme une parabole, celle de l’histoire de ce Désir à terme tout-puissant.

L’histoire du Dieu qui advient.

Certes, dans ce genre de cas, on parle à juste titre de paranoïa.

Sauf si c’est vrai.

 

 

 

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