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Vos réactions : jean.alexandre2@orange.fr

Mes réponses

 

 

 

 

Femmes remarquables

 

ou quelques héroïnes bibliques

 

   

 

Il est question du parcours de l’une des femmes remarquables

dont on peut trouver la trace dans les récits des Écritures bibliques.

 

On s’en rendra compte, elles n’apparaîtront pas nécessairement

selon l’ordre canonique, et elles ne seront pas toutes célèbres :

mention sera faite d’Ève, bien sûr, mais aussi, entre autres,

d’Abigaïl ou de Lydie.

 

Insistons sur le fait qu’il est utile de lire d’abord le récit biblique

lui-même, tant ce que l’on va lire ici est très largement…

interprété.

 

 

 

 

 

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Chapitre 27 et dernier

 

 

douze annÉes

ou la malade et la morte

  

 

Dans les Évangile selon Marc et selon Luc,

on trouve l’histoire d’une double guérison, celle de deux femmes.

Jésus y guérit une femme adulte malade depuis douze ans

et une jeune fille âgée de douze ans.

On peut lire cela chez Marc au chapitre 5, aux versets 21 à 43.

 

Deux femmes au destin lié par l’évangéliste. Il les réunit et les lie au moyen d’une figure de style, l’enchâssement, plus fréquente qu’on ne croit dans les évangiles. À partir de deux récits, il en fait un seul, dans lequel on peut lire une histoire unique dont il fait une parabole. Bref, ces deux femmes se répondent, en un sens il s’agit de la même, mais vue sous deux points de vue distincts commandés par un même souci. Une même maladie que Jésus guérit.

Une seule histoire parce qu’une seule unité de temps, ces douze ans qui commencent, chez l’une, par le début de sa maladie, et chez l’autre par sa naissance. L’une tombe malade au moment où l’autre entre dans le monde. Douze ans de maladie et d’enfance puis de nubilité : affaire de sang. Où l’on voit ce que l’on oublie trop souvent, à savoir que les évangélistes étaient de véritables et excellents écrivains.

Le sort de ces deux femmes est lié par ce nombre douze, marque du peuple d’Israël, lui que les Écritures aiment présenter, à l’inverse, comme une mère féconde ou une vierge aimée de Dieu.

L’histoire de la guérison de la femme malade est donc enchâssée dans celle de la jeune fille. Aussi est-ce l’histoire de celle-ci qui importe, mais on n’en comprendra le sens, on n’en appréhendera le souci qu’en méditant sur le sort de la femme malade. Et ce souci est crucial : il est celui de l’enfantement lorsqu’il manque. La stérilité.

Car une femme sujette à des pertes continuelles de sang n’enfantera pas. Et encore moins la fille qui, devenant comme il se doit nubile à ses douze ans, meurt illico. 

Histoire tellement fréquente, sous diverses figures, dans les Écritures, cette stérilité. Comme si l’on voulait vous faire bien comprendre que, pour ce qui est de l’accomplissement de ses vues, il n’est de naissance que la volonté expresse du Seigneur-Dieu.

 

Un petit peuple sans avenir

 

Cette femme est malade, elle n’enfantera pas. Surtout, la Loi la dit impure, quel homme l’approcherait ? Il faut donc au moins la soigner, au mieux la guérir. Or ceux qui seraient en charge de cela, non seulement sont des imposteurs mais aussi des voleurs. Ils la ruinent et la rendent malade.   

On profite des maux de ce peuple pour le saigner, on accepte sa mort. À l’inverse, les évangiles aiment à présenter Jésus comme ému jusqu’aux entrailles au sein de foules fatiguées et chargées. Car l’époque est terrible. Simple exemple : les terres qui, selon la Loi de Moïse, devraient être exploitées au profit de tous, famille par famille, sont converties en grandes exploitations dont les propriétaires s’enrichissent au loin pendant que des paysans sans terre mendient du travail à la journée.    

Un petit peuple sans avenir. Elle est tombée la vierge d’Israël, personne pour la relever (Amos 5). À moins que Dieu n’envoie un sauveur. Ce double récit affirme que Jésus est ce sauveur, qu’il faut reconnaître malgré son secret…

Et il est vrai que les moyens employés par lui pour donner un avenir sont discrets : la femme n’a qu’à porter la main sur l’homme de Dieu, la jeune fille n’a qu’à se lever et manger. Sans compter cette parole qui libère : Ta foi t’a sauvée, va et sois guérie, pour l’une, ou Lève-toi ! pour l’autre, et cette injonction de nourrir enfin celle qui aura un avenir.

À qui il faut donner à manger… car elle avait douze ans, mot de la fin qui donne la clé de toute l’histoire car, comme l’écrivait Cohélet, l’important d’un dire est dans sa fin. On la croit malade, on la dit morte, elle est vivante ! Elle peut marcher, avancer.

On retrouve alors cette même incompréhension de ce qui se passe, cette même dureté, ce même dédain, dans les paroles de l’entourage de la petite malade, que l’on croit, et même peut-être veut morte, que chez les médecins de la femme malade. Ils se moquaient de celui qui annonçait la vie… 

Ce peuple tenu pour caduc, méprisé et spolié, a donc un avenir, au nom d’une parole qui le remette en selle… pour peu qu’elle soit recherchée et appelée.

 

oOo