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Vos réactions : jean.alexandre2@orange.fr

Mes réponses

 

 

 

 

Femmes remarquables

 

ou quelques héroïnes bibliques

 

   

 

Il est question du parcours de l’une des femmes remarquables

dont on peut trouver la trace dans les récits des Écritures bibliques.

 

On s’en rendra compte, elles n’apparaîtront pas nécessairement

selon l’ordre canonique, et elles ne seront pas toutes célèbres :

mention sera faite d’Ève, bien sûr, mais aussi, entre autres,

d’Abigaïl ou de Lydie.

 

Insistons sur le fait qu’il est utile de lire d’abord le récit biblique

lui-même, tant ce que l’on va lire ici est très largement…

interprété.

 

 

 

 

 oOo

 

 

Chapitre 14

 

Selon le livre de la Genèse, lorsque le Seigneur Dieu conçoit

que l’espèce humaine est radicalement perverse, au lieu de la détruire

il tente une expérience : repartir à zéro et créer un peuple saint

à partir de la lignée d’un seul homme, Abraham. Celui-ci

et les premiers de ses descendants sont appelés patriarches.

 Juda fils de Jacob est l’un d’eux.

On peut se reporter au livre de la Genèse, au chapitre 38.

 

 

tamar

ou les fruits de la justesse 

 

 

Dans l’histoire de Tamar, il s’agit apparemment de donner une descendance à un homme. Pour qu’une lignée ne s’arrête pas. L’une des choses les plus sacrées, dans ces sociétés traditionnelles, est la généalogie, la liste des ascendants et des descendants. La lignée, dans laquelle vous trouvez votre place, et par laquelle votre mémoire sera préservée dans les âges à venir.

Là, il s’agit de la lignée du premier fils de Juda, un nommé Er. Et ce n’est pas sans importance car ce fils-là est l’aîné de trois frères. C’est toujours mieux quand une lignée passe par les aînés, pense-t-on alors.

Ce n’est donc pas une histoire immorale, même si elle pourrait en avoir l’air. Ce que fait cette femme, Tamar, est louable, surtout pour une païenne, et aboutit par conséquent au meilleur des résultats. Comme il se doit. Aussi s’appelle-t-elle Palmier, du nom de l’arbre qui porte de si bons fruits, sucrés et nourrissants.

Cela n’est pas sans portée puisque le fruit véritable en sera l’existence ultérieure de la tribu de Juda, l’une des douze tribus d’Israël, celle des descendants de ce Juda fils de Jacob, dont les plus célèbres sont les rois David et Salomon, et plus tard Jésus de Nazareth. 

L’histoire de Tamar est donc faste, aussi est-elle l’une des cinq femmes dont l’évangile selon Matthieu rappellera le nom dans la liste des ascendants de Jésus. Une liste qui court pourtant sur près de deux mille ans. Elle est la première des cinq, et Marie la dernière. Le point commun à leurs histoires à toutes est qu’elles ont connu des difficultés, de nature certes fort diverse, à enfanter dans les règles, ce qui confère une aura particulière à leurs enfants.

 

Plus juste que ses hommes

 

Tamar enfante par ruse. On l’a mariée à Er fils de Juda pour qu’elle lui fasse des enfants, il est mort avant. D’ailleurs c’était un sale type. Selon la règle du lévirat, on la donne alors au frère du mort pour qu’il engendre par elle un fils à ce dernier.  

Mais, tout aussi peu sympathique que son aîné, le nouveau mari, Onan, n’a pas envie de faire un tel enfant. Que son frère ne laisse aucune descendance le laisse froid. Il se débrouille pour ne pas engrosser sa belle-sœur. Coïtus interruptus (non masturbation comme on l’a cru longtemps au point de nommer la chose onanisme). Il attend sans doute de pouvoir faire ses propres enfants avec une autre femme, mais sa mauvaise action ne peut engendrer que du mal : il en meurt.

Reste un frère, Chéla. Troisième et dernier. Trop jeune pour être marié, dit son père, un peu effrayé, il ne faudrait pas que cette fille ait le mauvais œil. Juda envoie donc la jeune veuve au loin, soi disant en attendant de voir, en réalité la répudiant de fait. Cela aussi est une mauvaise action. Elle a droit à un mari, c’était dans le contrat. Elle a droit à enfanter, c’est sa dignité. Au moins ça.

Or Juda est tombé sur une combattante. Il se croyait le maître, elle va lui faire voir qui, de lui et d’elle, agit avec justesse, est digne de louange. Elle le piège. Elle lui donnera un fils, et même deux. Il l’aura, sa lignée, il suffit qu’il couche avec elle, ce qu’il fait sans le savoir, en allant aux putes comme un vulgaire sagouin.

C’est une histoire à faire rire tout le pays de Canaan : le fier patriarche faisant le beau-père outragé, jurant son grand Dieu de faire mourir la fille perdue, la femme souillée, alors que c’est lui qui l’a engrossée, elle sa bru, celle qu’il avait lésée !     

Mais il le reconnaît. « Tu es plus juste que moi », lui dit-il. Ainsi naîtra Pérèç, au bénéfice de cette justesse, comme par une bienheureuse brèche ménagée dans le mur des conventions sociales les plus strictes. Pérèç signifie brèche, en effet.

Il fallait bien cela pour que soit perçue la constance du dieu de ce Juda fils d’Israël. Un dieu qui suit son plan quoi qu’il arrive. Lui aussi veut un fils.

 

 

oOo